Chili:mandats d’arrêt contre 129 membres de la junte militaire

 
Chili:mandats d’arrêt contre 129 membres de la junte militaire
2 09 2009
Une Chilienne manifeste le 29 août à l’occasion de la Journée des disparus, à Santiago du Chili. 
C’est la plus importante vague d’arrestations jamais organisée, concernant la «sale guerre», qui a endeuillé le Chili de 1973 à 1990.(Pendant la dictature de Pinochet ). 
Le juge chilien Victor Montiglio a annoncé mardi qu’il ordonnait l’arrestation de 129 anciens membres la direction nationale de l’intelligence (DINA). Cette police secrète chilienne est considérée comme responsable de la mort ou de la disparition de la majeure partie des 3.000 personnes victimes du régime d’Auguste Pinochet (1973-1990), décédé en décembre 2007, sans jamais avoir été jugé. C’est la plus importante vague d’arrestations jamais organisée, concernant la «sale guerre» du général et ses violations des droits de l’homme. Les agents de la Brigades des droits de l’homme de la police d’investigation (DPI) doivent commencer à procéder à ces arrestations mercredi, et ce jusqu’à vendredi. Ces mandats, qui font suite à un acte similaire en 2007 contre 74 ex-agents, visent des anciens sous-officiers, des membres de l’armée et de la Marine, des retraités de la police. Selon le quotidien chilien La Nacion, environ 60 d’entre eux n’ont jamais eu affaire à la justice depuis la fin de la dictature et vivent normalement.Le juge Montiglio a expliqué qu’ils étaient visés en tant que participants directs ou indirects, «dans les casernes, (mais aussi) dans la mesure où ils sont intervenus, ont facilité ou renforcé une privation de liberté des victimes».
3.197 victimes de la «guerre sale»
Cette vague d’arrestations porte notamment sur le dossier sur l’«Opération Condor», un plan concerté des dictatures d’Argentine, du Chili, du Paraguay, du Brésil, de Bolivie et d’Uruguay pour éliminer leurs opposants dans les années 1970.
Les mandats d’arrêt concernent également l’«Opération Colombo», au cours de laquelle 119 opposants chiliens ont été assassinés ou portés disparus en 1975. C’est dans le cadre de cette affaire que le juge Montiglio avait déjà ordonné l’arrestation d’Augusto Pinochet, en décembre 2005 à son domicile. Dernier dossier concerné, l’affaire dite de la «Rue de la Conférence», qui a vu l’arrestation de dix opposants communistes du 30 avril au 6 mai 1976, toujours portés disparus.
«Nous nous rapprochons de la fin du processus» judiciaire engagé en 1998 par le juge Juan Guzman, s’est félicité le juge Montiglio. En 2005, l’ex-chef de la DINA, le général Manuel Contreras emprisonné depuis 2005, avait déjà été arrêté et condamné à plusieurs peines distinctes de prison à perpétuité, pour plusieurs assassinats et violations diverses de droits de l’homme sous la dictature. Selon un rapport officiel, 3.197 opposants de gauche ont été tués pour leurs opinions politiques durant la dictature Pinochet, certains tout simplement disparus, vraisemblablement enlevés, tués, puis enterrés dans des tombes anonymes, sans avoir pu adresser un seul mot à leurs proches. (Le Figaro-02.09.09.)
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*Pinochet  mort sans avoir été jugé
LE 16 OCTOBRE 1998, Scotland Yard envoie ses hommes cerner une clinique du centre de Londres. Ils sont munis d’un mandat d’arrêt international lancé par la justice espagnole à l’encontre d’Augusto Pinochet, qui a dirigé le Chili d’une main de fer pendant dix-sept ans. Au passeport diplomatique de celui qui est devenu sénateur à vie, le juge espagnol Baltazar Garzon oppose son acharnement et le principe de « compétence universelle ». Le feuilleton juridique dure 503 jours, mais la realpolitik l’emporte. Le gouvernement britannique permet à l’ex-chef d’État de rentrer au Chili, au nom de sa santé chancelante. À son arrivée à Santiago, le 2 mars 2000, l’ancien dictateur, comme pour narguer le monde entier, quitte son fauteuil roulant et marche vers ses partisans. Pinochet rentre en homme libre, mais la peur s’est évanouie à Santiago. Pour les associations de victimes et une poignée de juges, l’ex-dictateur est vulnérable. Ils s’attacheront à faire de ses dernières années un cauchemar, en multipliant les accusations contre le chef de la junte militaire qui, en 1973, a mis fin au premier gouvernement de gauche arrivé au pouvoir par les urnes en Amérique latine.
Rien ne destinait Augusto Pinochet, né le 25 novembre 1915 à Valparaiso, dans une modeste famille d’origine française, à devenir un personnage du XXe siècle. Son père le rêve médecin, il devient, laborieusement, soldat. À 18 ans, après deux tentatives infructueuses, Augusto entre à l’Académie de Santiago, où ses professeurs le jugent « dans la moyenne, sans plus ». Muté dans des garnisons de province, le jeune officier apprend à connaître son pays et gère des opérations d’ordre public. Nommé directeur de l’école de guerre en 1963, il y tisse les relations qui l’aideront à asseoir son pouvoir.
Mobilisation contre Allende
En 1970, la coalition de l’Unité populaire, fondée par l’union des socialistes et communistes, porte Salvador Allende à la présidence. Déjà excédée par les réformes du précédent gouvernement démocrate-chrétien, l’oligarchie chilienne se mobilise contre Allende. Elle fait alliance avec la Maison-Blanche, préoccupée par l’ouverture au sud du continent d’un nouveau front révolutionnaire, dix ans après la victoire de Fidel Castro à Cuba. Des grèves du transport routier paralysent le pays, institutionnalisent la pénurie, les capitaux fuient à l’étranger, l’inflation explose, l’économie s’effondre. Salvador Allende tient pourtant plus de mille jours. Car le Chili est une exception en Amérique latine : les militaires ne sortent ici que rarement des casernes.
Pour accélérer la chute de l’Unité populaire, les États-Unis oeuvrent à assécher l’aide internationale. Parallèlement, ils font les yeux doux à l’armée, qui bénéficie d’une importante coopération militaire. En août 1973, Allende intègre à son gouvernement le général Carlos Prats, commandant en chef de l’armée de terre, qui cède son poste à Augusto Pinochet. Déjà une quinzaine de hauts gradés se réunissent pour conspirer. Pinochet, pourtant, ne figure pas parmi eux. « Il n’a été informé du coup que quelques heures auparavant. Il n’a pas été à l’origine du complot », assure la journaliste chilienne Patricia Verdugo, auteur d’ouvrages consacrés au coup d’État.
Les insurgés ont fait appel à Pinochet vu sa fonction de commandant en chef de l’armée de terre, le corps le plus prestigieux de l’armée. Pour cette même raison, ils lui cèdent la direction des opérations le 11 septembre 1973, à commencer par le bombardement du palais présidentiel de La Moneda. Lorsque résonnent, sur les ondes de Radio Magallanes, les derniers mots de Salvador Allende, prêt à se suicider, Pinochet a déjà en tête le contenu du décret qui placera à tête du pays les représentants des trois corps de l’armée et celui de la gendarmerie. La junte, assure-t-il, sauvera le Chili, « qui se trouve dans un processus de destruction systématique (…), par l’effet de l’introduction d’une idéologie dogmatique et excluante, inspirée par les principes étrangers du marxisme-léninisme ».
La terreur est en marche. Le 12 septembre 1973, le stade national, situé au sud de la capitale, se transforme en centre de détention. Quelque 7 000 personnes sont parquées sur les gradins avant d’être torturées. Le 30 septembre, un groupe de militaires décolle à bord d’un hélicoptère Puma pour une équipée sinistre : la « caravane de la mort » qui fusille 75 personnes jusqu’au 19 octobre. Parallèlement, Pinochet purge l’armée des « tièdes ».
Élaboration du «plan Condor»
Fin 1973, la création de la Dina (Direction nationale de renseignement) systématise la chasse aux militants de gauche. Placée sous l’autorité de Manuel Contreras, la Dina ouvre des centres de détention, officiels ou clandestins, comme la Villa Grimaldi au sud de la capitale, où est séquestrée et torturée une jeune étudiante du nom de Michelle Bachelet, aujourd’hui présidente du Chili. Les exilés ne sont pas plus en sécurité. Fin 1975, les représentants des dictatures du cône sud-américain célèbrent en secret la naissance du « plan Condor », qui institue une collaboration pour repérer leurs opposants respectifs, et les éliminer. Balles et bombes tueront à Buenos Aires, Rome, Washington. L’impunité des tortionnaires est garantie par une loi d’amnistie qui protège des poursuites judiciaires pour les crimes commis entre le 11 septembre 1973 et le 10 mars 1978.
Pinochet veut rendre tout compromis irréversible. Il n’est pas un intellectuel, mais l’économie lui fournit un discours idéologique. Le régime se jette dans les bras d’un groupe de chercheurs issus de l’université de Chicago, dont plusieurs anciens élèves de Milton Fridman. Il s’agit d’étouffer le politique pour mieux libérer l’économie. Les entreprises publiques font le bonheur des amis du régime, enrichis à peu de frais. Le pays en gardera une structure capitalistique très concentrée et la légende d’un miracle économique. De 1976 à 1980, l’économie croît de 7 % par an, les réserves sont reconstituées, l’inflation tombe de 500 % à 30 %. Le bilan social est moins brillant : le niveau moyen des salaires chute de 30 % entre 1974 et 1980, le chômage double, la dénutrition gagne du terrain dans les campagnes. En 1983, le Chili n’échappe pas à la crise de la dette. Le 11 mai, ouvriers, mineurs du cuivre, et étudiants organisent la première protesta. Pinochet, venu survoler le rassemblement d’un hélicoptère, la balaye d’une réplique devenue célèbre : « Il ne se passe rien. » Les syndicats persistent. En 1984, 24 personnalités de l’opposition, dont les futurs présidents Patricio Aylwin et Ricardo Lagos portent plainte contre le chef de l’État pour fraude fiscale et détournement de fonds. Le mythe d’une vie spartiate s’effrite – « je ne fume pas, je ne bois pas et j’ai des goûts très simples », se plaît alors à répéter Pinochet. Au dire du journaliste Pablo Azocar, le dictateur aurait au moins multiplié par cinquante son patrimoine depuis le coup d’État, entre commissions sur les ventes d’armes et achat de propriétés à vil prix.
En Amérique latine, les dictatures tombent en cette fin des années 1980. Sous la pression internationale, le dictateur remet symboliquement son pouvoir en jeu, en octobre 1988, certain d’emporter le référendum. Surprise, 54 % des électeurs refusent son maintien au pouvoir. Augusto passe la main, même s’il reste commandant en chef des armées jusqu’en 1998.
Vieil homme déchu
Le 8 février 1991, le président Patricio Aylwin présente à la télévision un rapport de 2 000 pages qui recense les victimes de la dictature : 2 279 personnes assassinées, 641 morts « dans des conditions non élucidées » et 957 « détenus disparus ». Pinochet s’en moque. Un de ses proches, le général Contreras, résume son sentiment : « Les vainqueurs n’ont pas de compte à rendre aux vaincus. » Et les vainqueurs peuvent écrire l’Histoire à leur façon. L’ex-général veut qu’on se souvienne d’un grand-père strict et protecteur, féru de littérature et passionné par Napoléon.
La justice espagnole et son arrestation à Londres bousculent les plans du vieil homme déchu. Ayant fui la justice britannique au nom d’une « démence légère », Augusto Pinochet doit renoncer, en juillet 2002, à son poste de sénateur à vie. Au Chili, le magistrat Juan Guzman a pris le relais de son collègue espagnol et s’attaque, sans répit, à l’immunité de l’ex-tortionnaire. Mais sans jamais réussir à organiser un procès. (le Figaro
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