Violences

Violences

En France, 6 femmes meurent en moyenne tous les mois suite aux violences commises par leur mari ou par leur compagnon. Des milliers d’autres femmes sont battues tous les jours. Elles sont sans doute infiniment plus nombreuses à être victimes d’autres violences, elles aussi traumatisantes : menaces de coups ou de mort, chantage sur les enfants, restrictions ou interdiction de sorties, impossibilité de disposer d’argent en propre, etc. Des violences dont on parle peu, mais qui sont également très fréquentes.

Les violences conjugales concernent toutes les classes sociales, tous les âges et également, tous les milieux politiques, toutes les religions, mais aussi les milieux athées ou agnostiques. Elles ne sont pas l’apanage de déséquilibrés mentaux, elles sont avant tout des faits sociaux et culturels. Elles sont encouragées à la fois par une mentalité profondément ancrée dans notre inconscient collectif, qui considère que la femme est la propriété de son mari, ainsi que par une réaction passive de la part de la société. Quand une famille entière décide de tuer une de ses membres parce qu’elle a fait un choix soi-disant contraire à son honneur, c’est un crime lié à une traditions qui considère que la fille représente l’honneur de sa famille, et que si elle ne respecte pas les règles établies, l’honneur doit être lavé avec le sang. Or, que dire des crimes soi-disant « passionnels » qui se comptent par dizaines chaque année, de ces hommes qui assassinent leur femme, voire leurs enfants parce qu’ils ne « supportent » pas le divorce ou une infidélité? La justice considère souvent que ces hommes ont agi sous un « coup de folie » et leur accorde souvent de nombreuses circonstances atténuantes. Pourtant, ces « crimes passionnels » sont eux aussi à mettre directement en relation avec le sentiment de propriété, qui est fortement ancré dans l’inconscient collectif.

Cet instinct de propriété se transmet de génération en génération par l’éducation et par la socialisation au sens large. Le simple fait d’apprendre au garçon l’esprit de conquête et d’apprendre aux petites filles que leur destin est de se consacrer toutes entières au « prince charmant » qu’elle rencontreront, inscrit déjà les enfants dans une relation de domination homme-femme. Ainsi, plus tard, l’homme « conquiert » la femme, qui vue de cet angle devient sa propriété, et la femme consacre sa vie au bien-être de son conjoint. La plupart des couples ne sentira jamais ce rapport dominant-dominé qui existe entre l’homme et la femme. Ces normes sont tellement intériorisées, qu’elles ne sont de fait presque jamais remises en cause, sauf si le couple traverse une crise. Ces crises ont comme effet d’exacerber ces relations de dominations. Ainsi, la majorité des violences conjugales sont commises quand la femme adopte une attitude allant à l’encontre de l’instinct de propriété de son compagnon. Les raisons peuvent être diverses: quand elles décident de se consacrer un peu plus à leurs relations amicales, quand elles veulent mener une carrière professionnelle qui exige de rentrer plus tard, quand elles veulent s’habiller comme elles veulent, quand elle veulent maîtriser leur fécondité, ou qu’au contraire, elles veulent un enfant que leur compagnon ne veut pas, …A ce moment bien souvent, le Prince Charmant dont était tombée amoureuse la femme se transforme en croquemitaine. Bien sûr, la plupart des hommes ne deviennent pas violents, ni menaçants, ni même insultants, mais le fait est suffisamment fréquent pour qu’on puisse parler de fait social, même s’il ne concerne qu’une minorité de couples.

Il ne s’agit pas pour autant de considérer le couple comme une entité aliénante. Quand il existe un véritable respect entre l’homme et la femme, le couple peut même être un lieu d’épanouissement et de bonheur.

Quand une femme est victime de violence et qu’elle veut se protéger, elle se heurte souvent à un mur de la part de la société. Il existe bien certains centres d’accueil pour femmes battues, mais d’une part leur nombre est insuffisant, d’autre part, il s’agit souvent de structures précaires qui ne permettent pas à la femme de démarrer une nouvelle vie avec la sécurité matérielle. Or, cette sécurité est indispensable pour gagner l’indépendance par rapport au conjoint.

Par ailleurs, il n’existe quasiment aucune structure pour aider les femmes victimes de certains types de violences. Par exemple, il n’existe rien pour aider et conseiller les femmes menacées par leurs compagnons parce qu’elles sont enceintes et qu’elles ne veulent pas avorter. Il s’agit d’une violence dont on parle peu, et qui est néanmoins fréquente. Les associations intégristes telles que SOS-Tout-Petits ne sont pas destinées à aider les femmes, mais à lutter contre l’avortement libre et gratuit. Elles ne sont pas des interlocutrices aptes à apporter l’appui solide dont elles ont besoin, dans ces moments où elles doivent à la fois faire face à un compagnon violent et à la préparation de la naissance de leur enfant.

Une femme victime de violence, a parfois une réaction ambivalente avec son compagnon : d’une part elle craint pour sa sécurité, mais d’un autre côté, elle a encore des sentiments pour lui. Beaucoup se laissent piéger quand leur compagnon leur demande pardon et jurent de ne plus jamais être violent. D’autres retournent auprès de leur conjoint, par pression familiale, par menace sur elle ou ses enfants ou parce que matériellement elle risque de se retrouver à la rue. Sans tenir compte de la complexité de la situation, face à la femme qui est retournée auprès d’un mari ou d’un compagnon violent, la réaction de la société est sans appel: « si elle est retournée auprès de lui, c’est qu’elle aime ça. ». La victime devient coupable. Victime de nouvelles violences, la femme, n’aura alors plus personne ni aucune structure vers quoi se tourner. Or, les associations et les militantes féministes devraient tenir compte de ce fait. Quand, une femme veut malgré tout rester avec un mari ou un compagnon violent, il faut d’une part lui donner des conseils pour qu’elle assure malgré tout sa sécurité (se retrouver le moins souvent possible seule avec lui – quitte à demander à des proches de vivre avec eux un certain temps, lui donner les coordonnées d’interlocuteurs aptes à l’aider en cas de besoin,..) et d’autre part cesser de juger les femmes qui font ce choix risqué de retourner auprès d’un homme violent.

Malgré les luttes menées par des générations de féministes, et malgré les lois qui ont amélioré la protection des femmes contre les violences conjugales, bien des femmes sont victimes, à des degrés divers de coups, de menaces et de privations de la part de leur mari ou de leur compagnon. Ces violences existeront tant qu’existera le sentiment de supériorité et de propriété de l’homme sur la femme, un sentiment qui est d’autant plus redoutable qu’il est inconscient, car parfaitement intériorisé. Il est de notre responsabilité de parents ou d’acteur éducatif de transmettre à nos enfants la notion d’égalité entre l’homme et la femme.

Tant que ce type de violences existera, seule la solidarité et la vigilance des féministes permettra aux femmes qui en sont victimes de se protéger et de se reconstruire. En fait, aujourd’hui, plus que jamais, le féminisme reste d’actualité.

Aline CHALOT

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